Christian Jaccard : traits de feu et ignigraphies
Organisé, précis, Christian Jaccard construit une oeuvre. Ses dessins sont parfaitement rangés. Ses écrits prêts à être mis en ligne. Son atelier est surchargé de pièce en attente. Il y a là une volonté de fer, un projet artistique majeur.“De nationalités suisse et française, je vois la lumière en 1939 à Fontenay-sous-Bois. J’apprends le Manuel du Gabier et les feux de camps en 1948. Collégien en 1954, je ramasse des fossiles, traces indéfectibles du temps. Etudiant je me forme à l’école des beaux-arts (1956-1960) et m’intéresse aux déchets industriels et aux traces par empreintes. Graveur chromiste dans une imprimerie typographique (1964-1975) cette activité m’incite à explorer des processus d’imprégnation liés à la confection d’outils spécifiques : Nœuds & Ligatures, Couples toile/outil (1968-1973). J’oblitère des Toiles ficelées, des Toiles contrepliées, des Toiles calcinées. L’outil fait la peinture et la pratique des combustions génère de nouveaux ensembles : Anonymes calcinées, Trophées, Toiles brûlées (1977-1983). Je séjourne en Italie où naît Le rouge émis (1984). Puis je développe en 1989 les Brûlis et le Concept supranodal durant les années quatre-vingt-dix. Je réside au Japon en 1994 à la villa Kujuyama. Travaillant souvent à l’extérieur au cours des années 2000, dans des lieux en déshérence (friches industrielles), la problématique du tableau s’émancipe sans renier ses origines. L’atelier est un laboratoire nomade et éphémère à chaque escale… “
Le travail de l’artiste repose la question de la définition du dessin. Ici, le trait est la trace de la mèche lente, le suintement incandescent du goudron. Ou bien les flammes elle-mêmes, vives, illuminant les murs, comme des dessins-installations. La boucle de cordon inflammable se transforme en couronne d’épines.
Christian Jaccard : “(…) Et dans ce qui m’occupe c’est la matière d’un faire et l’objet de pensée, forme visuelle éblouissante, vacillante, anéantie puis réduite en poussière (…)”.
Je suis moins convaincu par l’autre aspect de son travail, les noeuds, le “concept supranodal”. Philosophiquement, le discours est clair - la réalisation plastique, en revanche, n’arrive pas au même degré d’intensité, et tout cas pas dans ses sculptures. Mais ses dessins classiques, ses Cortex, ses Grandes Mères sont immédiatement lisibles.
La forte personnalité de l’artiste domine l’atelier, occupe l’espace plus que d’habitude. Les ateliers ressemblent rarement à des labyrinthes : c’est le cas ici. Vous êtes admis - jusqu’à un certain point. Le cercle D organise une visite chez Christian Jaccard. Je me demande qu’emporteront nos amis comme expérience, comme réflexion, de cette rencontre.
Nous devons à Nicolas Pfeiffer, notre photographe, cet panoramique. Expert en la matière, notre ami a réalisé ici une prouesse. Le rendu est parfait et la vérité du lieu - loin de toute tentative esthétisante - ressemble parfaitement à l’artiste. En sortant de l’atelier, Christian Jaccard ne nous demandait-il pas : “Vous ne trouvez pas que j’ai une tête de protestant ?”.
Serghei.Litvin@ParisDessin.com
Lien sur Christian Jaccard : La Coopérative, à Montlieu
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Commentaires
9 Réponses à “Christian Jaccard : traits de feu et ignigraphies”
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La ressemblance avec certaines œuvres sur papier de Cai Guo Qiang est un peu (trop?) troublante …
Oui, je viens de regarder et en effet il y à une certaine ressemblance, mais de toute façon il y à forcément un moment où un artiste ressemble à un autre sans le savoir et sans le faire exprès.
Mais je préfère ses petites oeuvres posés sur la table dans la photo en 360°.
Remarque les deux toiles “collées” ensemble avec le trait qui communique, cet aspect “d’empruntes brulées”, de chemins ardents et autres impressions marqués sont intéressantes.
Du beau dessin…
… De toute façon, quand un artiste de 70 ans ressemble un peu à un autre de 52 ans, cela ne nuit pas trop à son authenticité…
Comprendre le travail de Christian Jaccard est aisé ; ses références partent d’Héraclite. Et ce travail s’étend sur quarante ans, sans oublier qu’il ne fait que suivre, en tant qu’héritier direct, une pensée et une pratique artistique qui se déroule depuis le début du vingtième siècle.
Tandis que les artistes de l’art contemporain chinois ne sont qu’une génération spontanée. Passés brusquement - par un très grand miracle ! - du réalisme-socialiste maoïste à l’avant-garde du art business international.
Christian Jaccard vient de m’écrire.
Voici une question concernant particulièrement Vincent R(?) :
“(…) mes dessins à la poudre lisse ou poudre de guerre datent de 1972.
Que faisait Cai Quo Quiang à cette date ?”
Il semblerait que je doive maintenant répondre de mon innocent point d’interrogation? Il avait juste pour fonction de mettre au clair des points imprécis. Je n’ai pas mis en doute l’authenticité du travail de Christian Jaccard. Je souhaitais surtout avoir des réponses sur la chronologie de son travail. Me voici satisfait.
Au-delà des histoires distinctes de ces deux artistes, la vraie question à poser serait peut-être celle de la supériorité plastique du travail de l’un sur le travail de l’autre tant l’aspect formel de certaines de leurs œuvres est proche. J’avance pour éviter toutes représailles qu’il m’est impossible de me prononcer.
J’ai eu l’occasion de voir le travail de Cai Quo-Qiang (et non Quiang) au Guggenheim de Bilbao en 2009. J’émets de nombreuses réserves relatives aux liens étroits que semble entretenir l’artiste avec le régime chinois. Mais j’avoue avoir été impressionné par l’aura des œuvres de ce pyrotechnicien. Le serais-je autant face aux œuvres de de Mr Jaccard? Il faudra que j’en fasse l’expérience un jour pour pouvoir y répondre…
J’aime le dessin par-dessus tout. Si ces quelques lignes permettent alors de créer un débat pertinent, d’apporter différents points de vue, de les confronter, c’est que le dessin revêt une importance considérable pour nous tous. Nous le rendons ainsi vivant, nous questionnons une histoire toujours en mouvement. Que retiendra d’ailleurs l’histoire ? Est-ce que l’innovation prévaut sur toute autre chose ? Est-il toujours possible d’innover ? L’amertume et la jalousie ne font pas avancer une discussion qui se voudrait enrichissante. N’est-ce pas Mr Jaccard ?
Monsieur Vincent, La muflerie n’est pas invitée dans un dialogue qui se veut intelligent et axé sur la culture, et plus précisément la peinture. Mais qui êtes-vous donc pour vous permettre de porter un jugement péremptoire sur le travail de Christian Jaccard, en sus sans l’avoir jamais vu autre que par le biais d’une lucarne informatique ?! Comment pouvez-vous comparer des choux et des carottes, n’avez-vous donc rien appris à l’école ? Comment osez-vous parler d’amertume et de jalousie ? Jaccard n’est pas à Bilbao ? Il est à Beaubourg, et pas une seule toile mais au moins 7, à ma connaissance, dans la collection permanente, plus quelques unes dans le monde entier, de New York à Tokyo ; mais voyez-vous, je sombre comme vous dans le comparatif alors que nous devons, oui, nous sommes dans l’obligation de parler d’émotion, de plaisir et non décompter les différences : ce n’est pas un jeu ! C’est de la jouissance pure…
Je vous invite à vous rendre dans un musée ou dans une galerie ou dans son atelier bien vite, pas pour vous confondre en excuse ou manger votre chapeau, mais pour déposer les armes et ressentir en vous quelque chose, (re)sentir aussi, en vous approchant le museau de la toile, en vous imprégnant de l’odeur qui est partie intégrante du concept et qui vous déstabilisera tout autant que le dessin qui n’en est pas, que la peinture qui n’est pas non plus une peinture mais une œuvre, une présence, un obstacle à la connerie, un miroir à double tains pour vous y voir et nous avez, nus en nos défaites face à ce tout de glace brûlante qui foudroie ; oui, s’il vous plaît, allez voir les toiles de Christian Jaccard et revenez, honnêtement, nous faire partager votre sentiment…
François Xavier,
Loin de moi l’intention d’être mufle.Vous avez raison de qualifier mon jugement de péremptoire. C’est en effet ce que j’ai dis précédemment avec des mots différents.Ne vous offusquez pas car je crois que nos points de vues ne sont pas si différents. Il est normal que vous défendiez un art qui vous touche alors même que vous pensez que je le connais trop mal. J’apprécie cette démarche. Je dois avouer que cela m’incite d’autant plus à me trouver au contact des œuvres de Mr. Jaccard. Croyez bien que l’honnêteté m’est primordiale, tant pour apprécier l’art que pour pouvoir le partager. Je ne manquerai pas, si l’occasion se présente, de vous faire part sincèrement de mes ressentis face à ses œuvres. Il ne s’agira pas dès lors de déposer les armes car elles le sont depuis toujours.
Je vous prends au mot, cher Vincent, et j’attends donc votre retour avec impatience afin de partager avec vous votre émotion, car vous en aurez une… et une forte.