Fiac 2009 : analyse symbolique de l’application du principe de centralité au système des foires d’art contemporain
GRAND PALAIS CONTRE COUR CARRÉEParmi toutes les foires d’art contemporain qui se sont tenues en octobre à Paris, le Grand Palais est le seul lieu où la restauration alimentaire n’est pas centrale dans le plan, n’occupe pas le milieu de l’espace événementiel.
Car, qu’il s’agisse de la Cour Carrée, ou bien des foires “off”, le dénominateur commun est là. Il y a, symboliquement, volonté manifeste de relativisation de l’art. Ce rôle de l’art, rôle central, c’est le cas de le dire, dans la vie de la société, est déplacé vers le ludique, le consumérisme. Comme si les marchands d’art n’étaient plus que des marchands. Comme si l’art, pour conclure, était devenu une marchandise comme les autres.
J’ai rencontré tous les jours, entre le Grand Palais et la Cour Carrée, des galeristes passionnés, des marchands qui prennent des risques considérables pour défendre l’art d’aujourd’hui, des galeries qui travaillent énormément, qui investissent et qui s’investissent non pas par appât du gain, mais par conviction. Ces hommes et ces femmes dédient leurs vies à l’art. Pourtant, force est de constater que si, au Grand Palais, la Foire internationale d’art contemporain place à sa périphérie la restauration, ailleurs, partout ailleurs, celle-ci domine et disperse à sa propre périphérie, les galeries et le travail des artistes.
“Projet Moderne”, au Grand Palais, est stratégiquement place in fine de la visite, en forme de conclusion, d’apothéose : c’est l’autel. Venant de l’extérieur, pour accéder on doit monter sur un podium, être au-dessus des autres, dominant les autres exposants, entouré de gardiens de sécurité aux allures convaincantes. L’intérieur est feutré, discret, bas de plafond : nous sommes ailleurs, dans un temple, dans une banque.
Ce texte parle du vieux conflit entre Anciens et Modernes, entre jeunes et vieux ; c’est une question de générations. Ceci n’est pas une critique, mais un constat analytique. Le “jeunisme” clinquant, la mode, ne peuvent perdurer. Certaines foires “off” en font leur stratégie. Bien équipées en termes de communication, elles communiquent avec efficacité. Le problème, leur problème, c’est qu’elles n’ont rien à dire… Quelles sont leurs chances et quelles sont leurs perspectives face au véritable professionnalisme de la Fiac ?
L’avenir est aux puissants, aux très puissants… et aux super-niches. Mais pour devenir une super-niche il faut être, avant tout, un excellent connaisseur, un véritable professionnel dans un domaine particulier. Puis il faut travailler beaucoup. Il faut aussi être seul dans son domaine - et avoir de la chance…
Serghei.Litvin@ParisDessin.com
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