FLY OR DIE

Juin, treize heures, “déjeuner d’affaires” dans l’Île Saint Louis avec un monsieur qui écrit des livres sur l’art. Le cheveu un peu long. Aimable. Cultivé. Nous buvons de l’eau minérale et mâchons une grillade discutable. Sommes dehors, le trottoir est étroit, Notre Dame est à notre droite, sommes encerclés de toutes parts de porteurs de glaces Berthillon à des stades variables de déliquescence.

Conversation prudente, quant à soi, réserves. Je lui propose d’écrire un texte sur le blog. Il répond qu’une chronique de son nouveau bouquin serait une excellente idée. Excellente. Oui. Nous perdons tous les deux notre temps. Je propose qu’il finance (lui-même ou par mécène interposé, ou par l’artiste présenté) une table à la FID 2010.

Ayant mis un temps certain avant de comprendre, mon hôte devient rouge. Il suffoque et commence une sorte de danse verticale, assis, épaules rigides, cuisses serrées. Saute sur place. Perd ses moyens. Je le regarde, fasciné. Le va-et-vient vertical continue. Sans arrêter son mouvement d’ascension-descente à cadence accélérée, mon convive démarre une incantation étrange, psalmodié : “Je suis philosophe ! Je suis philosophe !”

Ma proposition vient d’être perçue comme un attentat au porte-monnaie ! Au porte-monnaie d’un intellectuel qui écrit des livres. Des livres sur l’art. Je mâche ma tranche de boeuf. Je lui fais comprendre qu’il ne faut pas confondre “perte” et “investissement”. Le philosophe ralenti enfin son mouvement vertical saccadé. Reprend du boeuf. Puis de l’eau. Nous parlons d’autre chose.

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