L’apothéose de Madame Messager
Il ne fait aucun doute que l’exposition Melo-Méli, à l’École des beaux-arts de la plus grande dessinatrice de tous les temps marque un “avant” et un “après” dans l’Histoire de l’art, véritable point d’orgue du dessin contemporain mondial.Ce qui frappe, de prime abord, est l’accrochage: l’audace de cette mise en scène flamboyante ne peut laisser indifférent! La série des Pinocchio, Les Nez-Quequettes derrière le verre du cadre, est pratiquement invisible et la frustration du spectateur augmente la tension qui émane de ces sublimes personnages, dramatiquement renversés sur le dos. Posés face aux fenêtres, leur opposition radicale, frontale à l’astre diurne est simplement grandiose.
Le nez-sexe est une trouvaille néo-post-freudienne dont l’impact est, dans l’état actuel des choses, impossible à prévoir. Comment - et par quoi - ce saut dans l’inconscient collectif du public se traduira-t-il?
Devant Les Pins l’émotion monte d’un cran. Comment regarder cette prise de risque, ce saut dans le vide, cette révolution esthétique? Les Pins: essence du dessin. Les Pins: acmé de la discipline. Au-delà de la perfection ici atteinte, l’art est-il encore possible?
Les molles surfaces caoutchouteuses sur lesquelles Les Pins sont fixés sont la clé d’une réflexion sur la Bête Immonde. Les silhouettes sombres, anonymes obligent le spectateur à prendre conscience que le Mal est parmi nous. Voyez-vous, maintenant, ces gueules féroces, ces masques d’horreur, prêts à bondir? Qu’allez-vous faire? Qu’allons-nous devenir? Heureusement, Les Pins sont là! Nombreux! Et de toutes les couleurs! Leur joie, leur profonde originalité, sauvera - tout comme la Beauté de Dostoievski - le monde.
Mais que dire devant Le Torchon brodé (car c’en est un, un vrai torchon!)?
Affirmation symbolique d’une féminité féministe assumée, La Tante Urinaire, est, au second regard, une réponse à La Leçon d’anatomie de Rembrandt van Rijn: la vie face à la mort, l’être et le néant… N’en doutons pas, cette oeuvre maîtresse (merci, Corine) servira de parangon aux futures générations de disciples de la Grande Dame de l’art français!
Un dernier mot: il faut regarder l’exposition Melo-Méli de Madame Messager comme un exorcisme, une prise de position forte, courageuse, face au scandale qu’est Monumenta 2008 de Richard Serra. Nous devons tous réagir contre cette apologie de la force, combattre l’exhibition phallique du vieux réactionnaire américain. Allons donc voir, revoir (et revoir encore) Le Torchon, Les Pins et Les Nez-Quéquettes rayonner à l’École des beaux-arts, où Madame la Professeure donne des cours depuis vingt ans!
Beaux-arts de Paris 14, rue Bonaparte, 75006, Palais des études, cour vitrée, exposition ouverte du lundi au vendredi de 13 h à 17 h, dans le cabinet des dessins Jean Bonna. Directeur : Henry-Claude Cousseau.
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Commentaires
7 Réponses à “L’apothéose de Madame Messager”
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Et oui, si l’on ne connaissait pas l’esprit du commentateur il pouvait y avoir une gêne à voir ce panégyrique de l’expo Melo-Meli sur ce blog au demeurant sérieux… Il est évident que c’est tout de même inquiétant qu’une telle artiste enseigne aux jeunes générations. Nous sommes ici en pleine décadence.
Bravo tout de même pour la prise de position forte à l’encontre des courants !
Bon, d’accord, l’actuelle expo d’Annette Messager n’est pas géniale. Mais pourquoi tant de haine ? Tous les artistes ont droit à l’erreur et l’histoire se charge de faire le tri.
Dans le reste du boulot de cette dame, il y a pas mal de choses intéressantes, qui l’inscrivent dans le sillage de Méret Oppenheim et de Louise Bourgeois. Rien à voir certes avec le dessin classique, en ce qui concerne les papiers de Messager. Mais tel n’est pas l’objectif. Cette manière de dire le féminin et l’enfance, de s’amuser en gribouillant, possède encore du charme.
Même si cela n’est plus courageux comme cela l’était pour les deux dames précédemment citées. Autre époque. Annette Messager se distrait et nous distrait, voilà tout.
Françoise Monnin me pose une question: “Mais pourquoi tant de haine ?”
Mais de quoi parlez-vous, chère amie? Quelle haine? Pourquoi? Où?
Le post “L’apothéose de Madame Messager” est ironique et (parait-il) drôle. Traiter ses pauvres Pinocchio de “trouvaille néo-post-freudienne”, son torchon de “parangon”, louer la “féminité féministe de Madame la Professeure” ce n’est pas de la haine: c’est de l’i-ro-nie.
Quant au post “Internet rend-t-il les blogueurs crétins?”, lisez les commentaires (dix commentaires en 24 heures) et vous comprendrez. La source de notre irritation - et l’irritation n’est pas de la “haine” non plus, n’est ce pas? - vient de l’impossibilité de la critique, de la polémique dans la France d’aujourd’hui, chère critique d’art, la prudence des uns, l’intérêt des autres, le silence de tous… au point où, si quelqu’un se moque, s’il ose l’irrévérence, il n’est même pas comprit!
Merci, chère Françoise, pour votre commentaire à contre-courant… du contre-courant; ce sont nos préférés!
Un véritable moment de bonheur.Annette Messager, je ne connaissais pas. J’aime tout particulièrement les pins.
Mais entre nous, vos commentaires et descriptions sont de petits bijoux qui me font vous montrer mes dents (bien que vous ne les voyez pas) avec un large sourire.
Merci.
Lidia, mais pourquoi donc aimez vous les pins?
[…] devient maintenant objet de mode - et c’est pire qu’avant ! Car aujourd’hui même Madame Messager “dessine” ! Pourquoi pas alors Messieurs Buren et Koons […]
L’Art contemporain est tout simplement le faux fils de l’Art moderne, j’entends d’ici remuer les os de Francis BACON dans sa tombe !