Mamadou Cissé chez Bernard Jordan
Quand j’ai demandé à Bernard Jordan pourquoi il avait décidé de présenter le travail de Mamadou Cissé, le galeriste a refusé de donner une réponse simple à ma question. L’irruption de cette exposition dans l’univers de la galerie surprend très agréablement ; la personnalité de l’exposant aussi.
L’artiste (sur la photo, de profil, avec casquette), né en 1960 au Sénégal, arrive en France en 1978 et dessine pour la première fois de sa vie en 2001. Les motifs de ses dessins sont des cartes postales, parfois des souvenirs de voyage (attention : il est déjà allé à New York !), ou bien le fruit de son imagination. Après l’exposition de Guillaume Millet “Seconde métropole” qui vient tout juste de fermer, voici un deuxième accrochage dont la ville est le thème unique.
Les dessins sont exécutés sur des feuilles de papier ordinaire, avec des feutres, tirés à la règle. Travail parfaitement obsessionnel d’une grande rigueur sur lequel Cissé calque un discours écologique bon enfant destiné à la candeur de l’acheteur potentiel et qui ne fonctionne pas avec l’iconographie forte des pièces. Obsédé par les mégalopoles, l’artiste exclut toute présence humaine ou animale de son univers. Seul un Spiderman dominateur, tout-puissant, tisse sa toile d’araignée au-dessus de la ville… Dans la vie civile, le dessinateur est agent de sécurité.
La maîtrise des couleurs porte une forte empreinte africaine ; le choix des gammes chromatiques, l’audace et la précision de la “palette” (des feutres) saturent la composition à chaque fois différemment. L’aisance avec laquelle l’artiste (Sénégalais d’Europe ?) joue les tonalités chaudes ou froides, sombres ou claires, transporte celui qui regarde les dessins de Mamadou Cissé à chaque fois ailleurs. Pays différents, continents et cultures se succèdent sans se répéter . Ceci malgré la grille imposée par l’architecture occidentale - en fait par l’architecture aéroportuaire - à la planète entière, depuis la disparition des dernières taches blanches de la carte du monde…
À chaque fois, la composition change, et la perspective, et l’angle. Il fait penser à un photographe qui change d’objectif à chaque nouvelle prise de vue. La puissance du travail de Mamadou Cissé est exemplaire. L’artiste ne doute jamais. Rien ne peut l’arrêter. Avec une aisance parfaite, il dépasse le paysage urbain et le métamorphose en fractales. Volumes, perspectives, cadences imposent leur loi aux villes et les dominent. Cissé est maître du labyrinthe… tandis que l’Arc de Triomphe prend des airs de Kaaba.
Allez voir le travail de Mamadou Cissé à la galerie Bernard Jordan. Vous verrez : en sortant de l’exposition, les rues de Paris vous sembleront différentes. Et c’est à ceci que l’agent de sécurité Mamadou Cissé est reconnu comme artiste : c’est qu’il sait rendre les choses nouvelles.
Les trois photos de dessins proviennent du catalogue de l’exposition - crédit photographique : Laurent Ardhouin.
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Commentaires
5 Réponses à “Mamadou Cissé chez Bernard Jordan”
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merci Mamadou Cissé pour ce rafraichissement du regard. Paris libéré d’Haussmann et de la grisaille.
Tous mes voeux de succès pour ces hallucinantes et obsessionnelles réalisations graphiques. Désormais, ce sont surtout mes feutres que je vais regarder autrement…
Un travail visuel cosmopolite à la mesure des villes dessinées, une énorme toile où est tissés des milliers de couleurs, la présence humaine est plus ou moins personnifié par les lumières scintillantes des villes électrique, le papier ne souffre pas, il sourit de tout ses éclats et peut-être aussi, Mamadou lui-même!
Je veux faire votre connaissance en tant qu’homonyme et technicien superieur des arts aux manufactures senegalaises des arts decoratifs de thies.j’ai 57ans.du courage.
Monsieur,
Rencontrer des artistes de votre niveau est toujours intéressant.
Voulez-vous me téléphoner au bureau à partir de mercredi prochaîn (01 46 34 88 08) pour convenir d’un rendez-vous ?
Bien à vous,
S L