Marie Sallantin : dessins contemporains

Le panoramique ci-dessous ainsi que la première photographie de l’atelier sont dus à l’excellent travail de notre ami Nicolas Pfeiffer. Le panoramique se visualise de la manière suivante : vous cliquez dessus, puis vous la mettez en mode “plein écran” en cliquant sur le “X” (le bouton à l’extrême droite, en bas, à gauche), enfin, vous évoluez librement grâce à la souris (clic gauche maintenu…) ou en jouant avec les boutons (+), (-), etc… Pour sortir du mode “plein écran”, faites CTRL - ou pomme - Q.
Les cinque dernières images du post ne sont que les médiocres tentatives de votre serviteur…


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La qualité essentielle de l’art est d’être, à la fois, une source d’énergie et l’affirmation d’une identité ; c’est précisément ce que fait Marie Sallantin.

Il y a deux types d’artistes : ceux qui, à travers l’art, leur art, tentent de se sauver, de se guérir eux-mêmes, puis ceux qui veulent le salut de leurs semblables, l’humilité des uns et l’orgueil des autres étant ici souvent interchangeables… Entre enfer et paradis, thèmes essentiels dans le travail dont je parle aujourd’hui, il y a Vénus, la Beauté qui nous sauvera tous, comme dans la joie d’un mystère lumineux.

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Marie Sallantin: “J’aime la compagnie des maîtres anciens . Ils ne m’écrasent pas mais me protègent des modes stériles et vaines en me faisant revenir à la source. Ils m’apprennent, me surprennent et me protègent. De quoi ? De l’ennui. Est-ce un repli ? Non, c’est un point d’appui, une force, une ouverture sur un monde commun. Le nouveau c’est le très ancien, les peintres (et les dessinateurs) le savent bien.”

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Et puis, quand j’entre dans son atelier, à Paris, place de la République, ses feuilles m’attendent, en ordre de bataille, telles de petits soldats fidèles. Appuyé contre le mur, tout au fond, à gauche, le mot ENFER sert d’introduction au cycle de dessins, annonce le travail et met en garde les pécheurs. L’encre, légère, surprend par l’économie des moyens, la maturité sereine avec laquelle l’artiste dessine, dessine maintenant et à l’heure de notre mort.

Marie Sallantin

Voici ses carnets d’atelier : un complot contre le temps, un risque assumé qui fait penser à Tony Valentine - la même obstination, le même courage, une même espérance qui se passe de discours.

L’artiste a su retrouver cette qualité spécifique essentielle des primitifs italiens qui est que, quel que soit le sujet abordé par le peintre, malgré la violence parfois extrême des thèmes traités, la beauté reste toujours le canon premier de l’oeuvre, comme si l’art n’était que l’illustration involontaire de la communion des saints.

Beautiful Inside My Head Forever : le 15 et le 16 septembre 2008 (dans moins de soixante heures) aura lieu l’apothéose de Monsieur Damien Hirst, son suicide programmé. Sotheby’s, For The Love Of God, les toys pour bébés riches, très riches… En attendant le coup d’envoi du krach du contemporary art super business, Marie Sallantin, comme si de rien n’était, “dessine la Vierge et les Saints parce qu’ils existent et Vénus parce qu’elle n’existe pas”.

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Commentaires

29 Réponses à “Marie Sallantin : dessins contemporains”

  1. Corine Girieud le 12 septembre, 2008 15:00

    Je découvre ici le travail (admirable au sens littéral) de Marie Sallantin. Je suis très impressionnée par la composition des dessins dans lesquels seul un ange vole. Car, oui, il vole et ne flotte pas dans la page. C’est tout bête, et pourtant cela nécessite une grande maîtrise ; de celle qui fait que “ça” tient, que c’est solide (et pourtant si léger ici !).
    Le panoramique est un peu long à charger mais il mérite notre patience, rien que pour s’envoler nous aussi au-dessus de ces pages d’anges !! Une vraie expérience artistique !!!
    Et aussi pour l’artiste qui se tient bien modestement au milieu de son remarquable travail. C’est touchant.

    On aimerait parcourir bien plus longuement les carnets de croquis. SLM, D0010 nous permet de visiter les ateliers d’artistes en vision panoramique, à quand feuilleter les carnets de croquis en ligne ??!

  2. aken le 13 septembre, 2008 9:35

    Un bel univers poétique, sensible, traversé d’émotions, une attitude mentale rare dans notre époque barbaresque. Néanmoins, la fréquentation des maîtres anciens, ne nous y trompons pas n’est pas de tout repos. Notre humilité serait mise à l’épreuve de les côtoyer. Ces derniers seraient impitoyables concernant, le structurel, le traitement optique du modelé, les plans, et comment la lumière décrit cela. Tout un ensemble de connaissances évidentes qui font partie d’un enseignement classique qui ne peut pas s’improviser même avec la meilleure volonté du monde et dont il ne reste malheureusement presque plus rien aujourd’hui.

  3. Marie Sallantin le 13 septembre, 2008 14:09

    C’est tellement vrai Aken cette mise à l’épreuve, que tourner le dos aux maîtres anciens est le réflexe premier, alors que apprivoiser ce “presque plus rien” peut ouvrir d’autres chemins… n’ayons pas peur de cette mise à l’épreuve et ramassons les miettes?

  4. aken le 14 septembre, 2008 13:12

    Effectivement, la beauté, aujourd’hui, quoi qu’on puisse en penser par ailleurs, reste encore l’expression de connaissances profondes, c’est une richesse d’informations intelligemment organisée. Comme ces connaissances manquent on imagine facilement que cette beauté soit déniée alors l’émotion sous toutes ses formes devient l’expression privilégiée de cette frustration. Mais comme on dit en orient quand le disciple est prêt le maître apparaît. C’est tout du moins ce que s’amusait à dire mon prof si âgé…

  5. Maxime Coupez le 14 septembre, 2008 17:27

    Comment dessiner après de Vinci, peindre après Raphaël, sculpter après Michel-Ange?

    Longtemps, la tentation de se défaire de l’influence de ces monstres un peu trop sacrés fut modérée par la toute-puissance de l’Académie : pour les artistes, point de salut en dehors de l’étude (humble, minutieuse, laborieuse) des techniques et des formes de la beauté « classique ».

    Aujourd’hui, la paresse et l’exigence de résultats immédiats triomphent : les véritables exécuteurs des œuvres de Jeff Koons sont des ingénieurs et Damien Hirst n’a peint lui-même que 6 de ses spot paintings. « Tout le monde aura droit à son quart d’heure de gloire », disait Warhol. Avec un minimum d’effort, surtout.

  6. aken le 20 septembre, 2008 9:25

    Il y a eu une rupture dans la chaîne de transmission du savoir du dessin et de ces disciplines au siècle dernier, nous en payons les conséquences aujourd’hui. Néanmoins, il existe de très nombreux grands maîtres (à toutes les époques) peu connus en dehors de ces icônes en raison de la multiplication des ouvrages sans risque. Citons, par exemple Adolf Von Menzel l’un des plus grand dessinateur du 19e (aucune édition en français).

    Cela ne viendrait à l’idée de personne de se moquer d’un musicien qui apprendrait le solfège, le piano, et jouerait du Bach mais nous sommes très soupçonneux envers un artiste qui se tournerait vers une approche traditionnelle du dessin car nous n’avons plus les connaissances nécessaires pour poser un jugement véritablement pertinent dans ce domaine.

  7. Jean-Yves le 5 décembre, 2008 0:13

    Qui vous a dit que la transmission avait disparue…
    De qui et d’où tenez-vous cette information…
    Combien d’élèves de Jean Bertholle sont-ils encore vivants.
    Avez discutez avec un élève de Roger Plin ces derniers temps…
    On est où là…?

  8. aken le 5 décembre, 2008 15:22

    Il s’agit ici de Marie Sallantin mais si ces dernières paroles s’adressent à moi, alors je dirais… On est où là ? Dans un désert, et quand on a soif le simple ruisselet passe pour être un fleuve et la brindille pour une palmeraie paradisiaque. Un Parisien peut penser que la Butte Montmartre est le sommet du monde si ce n’est son nombril. Effectivement la transmission n’a pas disparue, elle s’est même accentuée au détriment souvent de la liberté. Les personnes de bonne foi comme vous et nous tous ne se pensent pas être victime d’un système, elles le découvriront peut être un jour fortuitement. Les personnes que vous citez ont d’indéniables qualités mais seuls ceux qui ont une fortune personnelle, de la chance, des parents artistes ou tout cela peuvent bénéficier de la liberté du choix de leur vocation. Ces dernières ont les moyens de voyager, et de s’initier à différentes sortes d’enseignements des arts. Celles-ci ne sont pas formatées par un seul discours officiel. Les écoles habituellement fonctionnent en circuit fermé avec un esprit ombrageusement anti-classique qui est devenu totalitaire avec le temps et cela déteint sur leurs enseignants et leurs élèves. Qu’auraient-elles à y perdre ? Une très grande partie de leur effectif et de leur pouvoir. Ne vous offusquez pas de mon point de vue, il est très marginal mais peut-être nécessaire.

  9. jean-Yves le 5 décembre, 2008 17:57

    Il faut relire les propos de Yves Michaud lorsqu’il décrit la conversation avec Jack lang lui proposant la direction des Beaux-Arts. “Il y aura des victimes…”
    Or, la révolution dans le domaine des Beaux-Arts devenu celui des Arts Plastiques est sans pareil dans l’histoire.
    Vous pensez que la transmission d’aujourd’hui nuit à la liberté? Celle des générations dont j’ai cité les noms plus haut la développait davantage…?
    La liberté est devenue obligatoire !
    C’est donc de la culture qu’il faut, donc, des études. Le domaine de l’espace dans la surface a changé de nature.
    Faut-il être né coiffé pour choisir celui là… À ce point là j’en doute.
    Quand au circuit fermé, c’est tant mieux, le malade est artificiellement maintenu en état de…vie. Et si Hirsch a sentit l’occasion ultime c’est que le désert avance.
    Les peintres dont je parle vivotent mal, mais produisent. La transmission à cet endroit est effectivement souvent aléatoire.
    Question de volonté aussi plus que d’argent.
    Je ne m’offusque pas facilement…pas sans avoir posés quelques questions. Et puis j’ai été moi même un peu virulent peut-être. Je n’ai pas l’âme d’un provocateur….sinon, je serais riche.

  10. Marie Sallantin le 5 décembre, 2008 18:56

    J’ai été en 1978 et 79 l’élève de Jean Bertholle à l’ENSBA. Cela laisse une empreinte car c’était un passeur. Pour la transmission il faut des repères et donc des passeurs. La transmission est mise à mal quand il deviennent “des victimes”, autrement dit des cibles. Cette chose a eu lieu lorsque les arts plastiques ont occupé tout le terrain au détriment des beaux arts, et les passeurs sont entrés dans les coulisses. Aujourd’hui, Vermeer est sur les gondoles de supermarchés et Jeff Koons déclare dans Libération «Je me tiens au courant des directions de l’art aussi bien dans le présent que dans le futur proche, mais philosophiquement mon intérêt réside dans la compréhension de l’art du passé». Si si, c’est tout neuf! Alors, gardons le sourire rien n’est perdu…

  11. jean-Yves le 5 décembre, 2008 22:06

    Il y avait plusieurs Bertholle à Aulnay sous Bois le mois dernier, peut-être y étiez-vous. Je m’y trouvais en compagnie de Guillaume Beaugé. Il est sur beaux-arts-diffusion.com et un ancien élève de Bertholle également.
    La boucle est bouclé pour Koons. Le baril est à 40 dollars ce soir, de deux choses l’une: La spéculation est morte soit sa cote va devoir encore montée…et vite, c’est le seul endroit qui reste encore peut-être “spéculable”. Nous serons fixé bientôt et une autre aire s’ouvrira, en marge. La socialisation de tout devra lâcher du leste pour laisser les gens ne pas mourir de faim.
    Je n’ai pas été élève de Jean Bertholle, sans doute atypique, j’ai fait le même chemin que l’art contemporain, mais à l’envers. Peu satisfait “artistiquement” de mes études de design, j’ai cherché à comprendre et à approfondir le dessin. Qui a-t-il de mieux après avoir “mangé” du prix de Rome pendant 6 ans 8 heures par semaine. Guillaume Beaugé a croisé ma route et les problèmes de composition et d’espace ont pris une toute autre dimension. Il devient même envisageable de produire une puissance extraordinaire au sein d’un simple format. Mes recherches retournent inexorablement vers Cézanne mais justement en y apportant une notion d’on peut-être on ne se rend pas compte, c’est qu’étant donné le nombre d’images incroyable que nous sommes amenés chaque jour à devoir croiser du regard, il est désormais possible de réduire considérablement la part figurative et laisser le spectateur la découvrir.
    Et là, lorsque l’on souhaite laisser trace de ce spectacle se pose la grande complexité de saisir le minimum de matière visible dans un regard d’ensemble. La photo est prise au piège de la composition. Une photo ne se compose pas, elle est composée. Le dessin, outil permanent de la composition expose un réel choix de la disposition des éléments alors que la photo fige sa version objective et pré définie.
    Pouvoir visualiser chaque élément dans l’espace, en faisant en sorte que les traces qui permettent de les identifier soient orchestrées dans un rythme qui n’a aucune mesure avec le lieu de son exposition. Un monde à part, un autre monde, une utopie et pourtant la trace exacte d’une réalité bien précise.
    Aucun intérêt pour ceux qui cherchent des reportages, des infos, de l’actu, du people, du progrès, du pognon, d’la culture, du pouvoir, d’l'avancement, une carrière, des sponsors, du lien social, des coups, aucun intérêt.

  12. aken le 6 décembre, 2008 11:33

    Ici il s’agit de Marie Sallantin, je ne vais pas me permettre de répondre à sa place mais Jean-Yves, comme c’est la deuxième fois que tu cites Cézanne permets moi et excuse moi par avance de te répondre et d’exprimer mon point de vue ici extrêmement marginal. Je n’encourage personne à continuer à lire ce post, il est là uniquement pour répondre aux éventuelles questions de quelques rares survivants d’une espèce disparue errants encore sur cette planète.

    La plupart pense qu’il y a eu une extermination de l’espèce artistique il y a quelques temps avec l’arrivée de cette météorite, l’AC, ils ont raison. Mais pour moi cette dernière extermination s’explique très bien, elle n’est que la suite logique et la conséquence de la première qui a eu lieu il y a plus d’un siècle maintenant, les enfants trinquent aujourd’hui car leurs parents buvaient hier. À cette époque il y avait encore un certain goût pour les sciences, l’enseignement n’était pas ficelé et tronçonné en secteurs aussi distincts comme aujourd’hui où un littéraire n’est certainement pas un scientifique mais sera peut être un artiste. L’esprit de notre époque est dominé par la littérature et le monde des idées au détriment des autres. L’observation rigoureuse, le goût des sciences, de l’objectif, du réel bien réel, de la raison, du sens critique est peu développé et remplacé par la rébellion, la préférence est aux idées préfabriquées, à des copier-coller de la conscience, et lorsque l’on arrive aux frontières de l’absurde, au relativisme et au nihilisme.

    Il est vrai qu’une pensée symbolique ne peut tenir la route pour le dessin. C’est pour cela que l’on dit habituellement qu’il ne faut pas penser pour dessiner. Bref, très vite on a fini par accepter l’idée radicale que plus on était savant dans ce domaine plus on était ringard, voire idiot. Comme l’orthographe serait la science des ânes, le dessin réaliste d’observation bien construit montrerait que son auteur ne serait assurément qu’un attardé mental et provoquerait un mépris bienveillant de l’assemblée. Ce qui arrange, on l’imagine aisément ceux qui souhaitent faire de l’art et du dessin en particulier un outil égalitaire. C’était une ambition latente des artistes depuis la révolution française. La difficulté d’un tel raisonnement c’est qu’il va à l’inverse du bon sens et qu’il faut des trésors d’ingéniosité pour le maintenir. La clé de voûte de cet édifice bancal est cet authentique Cézanne, notre père à tous. Il est devenu, malgré lui, le Moïse de générations d’artistes qui ne jurent que par lui. Malheureusement, ses tables de la loi sont fort mal écrites. Observez ses baigneuses, êtres hybrides mi-homme, mi-femme, moins sensuel tu meurs, sans modelé, sans connaissances anatomiques, d’un dessin d’une maladresse à faire rougir le plus débutant, pas de lumière, pas de perspective, pas de compréhension des structures, encore moins des valeurs, point de centre d’intérêt, un chromatisme et une matière sales, le tout inachevé, pas bien composé, techniquement confus entre l’optique et le sculptural et tout cela enveloppé dans un discours édifiant écouté religieusement par de brillants universitaires. Il est difficile de faire pire avec la plus grande innocence. Pourtant personne ne voudrait bouger le petit doigt, le monde entier est tétanisé devant ce chef-d’œuvre, personne ne voudrait manquer le train du progrès, de soi-disant instruits vous en écrirons des pavés de peur de passer pour des ignorants mais l’empereur est bien nu. On peut se dire qu’il y a beaucoup de fraîcheur dans tout cela et que l’on pourrait en faire autant. Bref, Cézanne rend service à tout une société en lui indiquant qu’au fond le beau, le vrai, le juste, cela ne veut pas dire grand chose, que tout se vaut et que même le plus maladroit est peut être ce qu’il y a de mieux. Le Prix de Rome a disparu mais des lauriers pleuvent tous les jours de la semaine sur le plus humble des peintres. Le pas est franchi, désormais, on inversera les valeurs artistiques, le meilleur sera le pire et le pire le meilleur.
    N’en déplaise à Cézanne, il faut terriblement penser pour faire du dessin que cela en est exténuant, c’est bien cela au contraire l’extrême difficulté de cette discipline. Comme la pensée est confuse, le dessin l’est autant. Si mon dessin est pauvre c’est que je n’ai pas bien compris les informations et ne sais pas comment les traduire de manière pertinente. La rébellion contre ce miroir, le chemin le plus fréquenté actuellement, est une alternative totalement inefficace et inutile qui ne fait qu’apporter plus de confusion et au fond à long terme ne profitera à personne. Il ne faut donc pas s’étonner que cette révolution égocentrique dévore ses enfants. Les générations anciennes le savaient et comme, je l’espère, les futures le redécouvrirons peut-être… et que celle d’aujourd’hui reste bienveillante pour mes propos.

  13. S L M le 6 décembre, 2008 11:52

    Jean-Yves, dans un raccourci saisissant et plein de bon sens, dit avec humour : “La boucle est bouclé pour Koons. Le baril est à 40 dollars ce soir“, et ceci après avoir annoncé que “la liberté est devenue obligatoire !“.

    J’aurais tort de ne pas lui donner raison…

  14. Jean-Yves le 9 décembre, 2008 15:47

    C’est toujours réconfortant de se sentir soutenu…merci SLM.
    Encore un petit mot au sujet de Cézanne…bien sur que son dessin parait maladroit, ses personnages déformés, mais, c’est qu’ils portent en eux l’influences des autres “formes” présente dans le tableau. Cette volonté de nous montrer à quel point le monde est un tout passe par une observation, une “réception” du monde visible et demande une activité cérébrale (critique…?) absolument épuisante pour celui qui s’y frotte. Un moment justement où l’égo doit se faire bien petit et surtout éviter de nous dire ce qu’il “en pense”. Bref, tout le contraire de ce que l’on nous propose bien souvent.
    Et pour Marie Sallantin ce qui se passe aujourd’hui entre l’art et l’argent n’est sans doute que l’aboutissement d’un processus qui démontre peut-être que Cézanne avait sacrément raison de vouloir considérer le monde comme faisant un tout.
    Vous le saviez sans doute mais je l’écris malgré tout. Claude Monet mendiait du riz à ses voisins lorsqu’il avait…50 ans. (cela pour tous ceux qui voudraient devenir “artiste” et gagner autant d’argent que Koons.)
    Tout à été vendu à l’argent….et le pire, c’est que c’est la gauche qui s’en est occupé….

  15. Marie Sallantin le 9 décembre, 2008 18:41

    C’est intéressant cet échange à propos de Cézanne. Pourquoi ne pas tenir ensemble les deux bouts de ce fil? A une extrémité le “vous êtes le premier dans la décrépitude de l’art” cette phrase inquiète de Baudelaire à propos de Manet et à l’autre bout l’extraordinaire et spectaculaire avancée des peintres vers l’inconnu au risque souvent de leur vie, et au péril de leur art.
    Une tension très grande qui dit toute l’aventure de l’esprit au XIXème et XXème dans la bascule de la modernité. On est fort loin en effet du “contemporary art super business”, aujourd’hui confortablement installé (euh! euh! c’est plus très sûr) sur la scène de la sté du spectacle et parasitant le circuit traditionnellement dédié à l’art. C’est vrai qu’il s’agit d’une autre histoire que je considèrerai plutôt comme parallèle à la première, étant l’héritière de Dada que comme issue d’une perte de métier.

  16. jean-Yves le 9 décembre, 2008 22:13

    La décrépitude de l’art…
    La notion de “métier” à longuement été débattue et il est clair que seul la trace du mouvement social semble devoir faire art depuis Dada.
    Il ne me parait pas absurde cependant de se reposer les universelles questions devant le sujet auquel on confit son dessin et que l’esprit qui s’affronte à la matière ne soit pas forcément aujourd’hui et je dis bien aujourd’hui, au service d’encore une Xième cause exclusivement et même si celle-ci mérite toute l’attention requise.
    Ceux qui tentent de s’évader quelques peu du chemin rassembleur sont brulés vifs même si leur travail porte pourtant sur ce sujet…! Et l’ouverture d’esprit dans ce domaine est pire qu’avec son banquier. Les nouveaux gardiens du temple ne plaisantent pas avec l’art qui plaisante.

    Le débat largement exposé dans artpress dans les années 80, sur la notion de l’origine, en réponse aux attaques supposées et bien réelles (à l’époque) par des peintres, ne laisse que peu de d’espace pour une autre forme de pensée. Même si Pierre Souchaud invite Nathalie Heinig aujourd’hui sur Artention, le métier ici fait cruellement défaut.

    Je cite Aken un peu plus haut qui dit:”plus on était savant dans ce domaine plus on était ringard, voire idiot. Comme l’orthographe serait la science des ânes, le dessin réaliste d’observation bien construit montrerait que son auteur ne serait assurément qu’un attardé mental et provoquerait un mépris bienveillant de l’assemblée”.

    La démocratie étant le terreau idéal pour faire pousser du capital on fait vite feu de tous bois.

  17. aken le 24 décembre, 2008 9:34

    La démocratie ? Est-ce une contrée lointaine ? En attendant d’y aller un jour je remercie ces merveilleuses femmes Marie Sallantin, Aude de Kerros et Christine Sourgins qui portent en elles, avec courage, une partie de l’avenir de l’Art. Il est vrai que je ne suis pas Cézanne, ni le boeuf mais m’en vais néanmoins à cette étable de l’art d’en l’espoir d’y voir peut-être ce que nous attendons tous depuis si longtemps.

  18. charlotte.waligora@orange.fr le 31 janvier, 2009 17:49

    La peinture de Marie Sallantin est une porte ouverte sur un imaginaire ressuscité dans lequel nous sommes tous conviés. Et dans ses tableaux, monumentaux, j’ai trouvé ce que je cherche éperdument : une porte ouverte, en réalité une porte de sortie, vers un monde où la poésie littéraire est magnifiée. Ce monde c’est, peut-être, celui de Baudelaire où tout n’est que « luxe, calme et volupté », un monde, où, au cours d’un instant suspendu, je me suis sentie libre de vivre, d’aimer et de sourire, ce sourire aujourd’hui condamné, interdit, disparu des « images » que l’on nous donne à voir sans nous demander si nous en avons envie.

    Marie Sallantin réussit, en s’inspirant de la littérature, de récits légendaires, à éviter le piège de la traduction picturale narrative, qui a souvent prévalu dans l’art figuratif occidental. Elle propose une visitation spirituelle des grandes odes au monde des hommes, celles qui ont toutes en commun l’objectif du Salut. Dans cette littérature nourricière, Marie Sallantin saisit et se nourrit de ce que les allemands appellent « Stimmung ». L’atmosphère est restituée par l’artiste en substance picturale, préparant elle-même ses couleurs et peignant à l’œuf. Ses interprétations récentes de la « Divine Comédie » donnent le ton d’une philosophie picturale philanthropique. Elle ne peut se résoudre à la damnation et ne peut insister sur la tension du condamné. Son petit peuple danse et s’apprête à s’élever.

  19. guillaume beaugé le 4 mars, 2009 20:19

    puisque j’ai été cité par mon confrère et ami jean-yves,je voudrai dire à alken,que l’essence du dessin artistique d’expression n’est pas l’observation mentale et rigide,celle bien entendu de l’academisme ancien…La clef du dessin est dans l’espace,son eclatement,son lyreisme ‘meme chez Durer…)et je le plains sincèrement de ne voir dans une baigneuse de cezanne qu’une abomination ,alors qu’au contraire il a fallu un talent énorme pour affirmer tout au long de sa vie que la peinture n’est pas ce que l’on voit,mais une recréation merveilleuse et magique dans l’espace fort restreint du format choisi au départ….

  20. guillaume beaugé le 4 mars, 2009 20:31

    Notre génération de soixante-huitard et après…a eu la chance de rencontrer quelques personnalités qui,éduqués par des ainés ‘etienne-martin,Bissiere,Chastel,==)ont pu nous les apporter dans le contexte de certaines écoles ou la connerie n’avait pas encore opéré…Roger Plin et Bertholle ont apporté à une foule de “jeunes” la bonne nourriture d’une tradition que l’Ecole avait dévoyé depuis très longtemps…une tradition qui ne tue pas les esprits,mais au contaire les aide à se révéler….

  21. guillaume beaugé le 7 mars, 2009 18:56

    lz lyrisme de Marie Sallantin est là pour le prouver.Ni dessin ni peinture ne peuvent rivaliser ..avec ce monde exterieur si sublime et si grand …”L’art depuis la nuit de l”histoire n”a toujours été que la paraphrase géniale des apparences et certainement pas leur copie servile et minutieuse.Meme quand Vinci copie un morceau de cadavre humain son génie de dessinateur peut en faire une oeuvre d’art,mais c’est un bien mauvais exemple…car c’est historiquement rarissime…De Lascaux à Lautrec et Picasso,la main va bien plus vite que la pensee et le devoir

  22. guillaume beaugé le 7 mars, 2009 19:08

    du dessinnateur est plus de lui faire confiance que de la brider par l’intention….et la pensée liée au mental que l’on sait “reptilien”.C”est bien ²d’ailleurs pour cela que les peintres ont perdu le pouvoir qu’ils détenaient depuis des siècles,par l’incapacité de s”expliquer vraiement sur ce qui sort d”eux…La nomenklature communicationnelle s”est ainsi crée repoussant peu à peu aux frntières ceux qui pratiquent cet art “muet” ‘apparemment) comme dirait Poussin.

  23. charledelandre le 8 mars, 2009 18:56

    a mr guillaume baugé
    la prose est lyrique mais le mot est ordinaire
    vous lisez trop et croyez trop en vous cela se dit narcissisme
    je suis un artiste et il ne me viendrait jamais à l’idée d’écrire sur mon “moi”
    lorsque j’écris, c’est de la pub pas du moi

  24. aken le 8 mars, 2009 23:33

    À guillaume beaugé,
    cher ami, merci de me proposer votre clef du dessin, nous avons tous à apprendre des autres. Vous êtes une personne très aimable et vos remarques ne font que confirmer mes propos.

    Cézanne n’est souvent qu’un alibi sympathique pour justifier d’une certaine forme d’art et nier ainsi toutes autres formes d’enseignements classiques, c’est comme cela qu’il faut l’entendre. Rassurez-vous, ceux qui pensent et créent ainsi ne l’expriment pas ouvertement. Ce sont des milliers d’étudiants et instructeurs du plus haut niveau d’excellence dans ce domaine et dans les plus prestigieuses écoles d’art, NewYork, Los Angeles, Londres, Stockolm, Florence, dans les pays de l’Est, en Asie, en Australie, etc… mais certainement pas en France pays de la modernité. Supposer que ces personnes manquent d’intelligence et qu’elles souffrent d’un mal étrange qui serait une forme de rigidité mentale héritée d’un académisme qui ne pourrait être que désuet laisse songeur.

    L’une des manipulations habituelles consiste souvent à faire des citations du passé pour mieux s’en affranchir et ainsi justifier de ce que l’on fait et ne fait plus aujourd’hui. Croyez-vous un instant que Durer ce merveilleux artiste apprécierait l’œuvre de Cézanne et que Vinci prendrait des lessons de ce dernier ? Ne croyez-vous pas que Cézanne lui-même serait bien encombré de les rencontrer ? Malheureusement, ce mélange grotesque est devenu une chose très commune, celle de faire croire à des passerelles là où il n’y a que des gouffres d’ignorances infranchissables.

  25. guillaume beaugé le 9 mars, 2009 19:48

    Je ne pense pas avoir parlé de moi,mais plutot du milieu ou j’ai trempé et donné quelques idées plutot générales….Je n”ai pas le temps de ferrailler,et comme je le crains un gigantesque tsunami se pointe à l”hrizon éconique,parler de telles choses sera comme discuter du sexe des anges,le plus tard possible, espérons le !!!!

  26. guillaume beaugé le 9 mars, 2009 19:50

    Je ne pense pas avoir parlé de moi,mais plutot du milieu ou j’ai trempé et donné quelques idées plutot générales….Je n”ai pas le temps de ferrailler,et comme je le crains un gigantesque tsunami se pointe à l”hrizon écononique,parler de telles choses sera comme discuter du sexe des anges,le plus tard possible, espérons le !!!!

  27. Marie Sallantin : dessins contemporains, juin 2009 - entre le trait et la tache, entre figuration et abstraction - Le Blog du Dessin du 21e siècle le 6 juillet, 2009 18:06

    […] prodigues, sont des encres de Chine. Au-delà de l’intérêt évident pour ceux qui suivent Marie Sallantin, il y a ici un intérêt supérieur a montrer ce travail spécifique, très […]

  28. Si vous passez par le Lot : “Dessins d’Aujourd’hui” au musée Rignault, à Saint-Cirq Lapopie (photos de l’ouverture de Nelly Blaya / CG46) - Le Blog du Dessin du 21e siècle le 26 juillet, 2009 10:50

    […] dessins d’anges de Marie Sallantin ont été accrochés en triptyque (l’Enfer au centre, le Paradis à droite et à […]

  29. Didier Dessus le 9 septembre, 2009 12:18

    Une scie du discours sur l’art moderne et contemporain : l’artiste cherche à créer un nouveau langage. Personne ne se demande d’ailleurs ce que l’artiste a voulu dire dans ce nouveau langage ainsi créé. Quand on y prête attention on s’aperçoit que, dans la majorité des cas, le message de l’œuvre est justement qu’elle crée un nouveau langage, la boucle “signifiant signifié” se ferme, et on retombe dans des apories tautologiques. Les dessins de Marie Sallantin, eux, se font dans le dessin, un dessin qui dans sa technique obéit au code du genre. Simplement ces dessins racontent et pas seulement l’histoire de leur forme (formation taches traits) sur le mode du narcissisme des tautologies intégrales. Ces dessins nous racontent quelques chose de bizarre dans un langage déjà connu. Que disent ils ? Des choses que les mots sont incapables de traduire, le mot “ange” ne dit pas la même chose qu’un dessin en quelques traits de plume ou de pinceau. Face à une image dessinée le mot n’est qu’une approximation réductrice.

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