La collection Pierre Bergé - Yves Saint Laurent : 373,5M€
J’avais demandé à Maxime Coupez un texte sur la vente pour nos lecteurs.Le voici :
“Les résultats de la vente de la collection Pierre Bergé-Yves Saint Laurent sont à couper le souffle : 373,5M€ en seulement trois jours, preuve, s’il en est, que le marche de l’art n’est pas mort…
Témoignage d’un goût exquis ne s’aventurant que rarement dans les eaux troubles de l’Art d’Après-Guerre, cet ensemble exceptionnel présente une lacune significative : un manque cruel de dessins. Sur 666 lots (un chiffre impossible à inventer) vendus sous l’étiquette “Art Impressionniste et Moderne”, seulement 30 sont classés par Christie’s dans la catégorie “Drawings and Watercolors”. Sur ces 30 feuilles, 6 - de loin les plus chères - ne sont pas du dessin mais de l’aquarelle, du fusain, de la gouache, du collage…
Picasso, Derain, Gris, Klimt, Matisse, Modigliani : aucune prise de risque dans cet alignement de signatures prestigieuses faisant, depuis longtemps, partie des valeurs sûres de l’histoire de l’art. La collection de Pierre Bergé et d’Yves Saint Laurent était une collection d’apparat, faite pour briller sur les murs, les parquets et les tables d’appartements parisiens somptueusement décorés. Pas pour rester dans l’intimité, la simplicité et le secret de cartons à dessins. Une conception respectable mais appartenant à une autre époque, sans doute… “
Mais je ne peux conclure sans penser qu’avec cette vente, après le Veau d’Or de Damien Hirst et le Grand Palais de Monsieur Bergé, un chapitre dans l’histoire non pas de l’art, mais du rapport à l’art se ferme. Deux grands hommes d’affaires déguisés l’un en “artiste”, l’autre en “mécène” viennent de marquer de leurs exploits financiers l’un l’art “contemporain”, l’autre l’art “moderne”. L’un et l’autre, les uns et les autres - les hommes et les époques - appartiennent au passé. Deux prophètes du passé, surdoués et vraiment riches viennent de tirer leur révérence ! Et ceci pendant qu’André Rouillé dans son éditorial de ParisArt “Mobile Art de Chanel, avec et contre l’art” écrit : Comme si, à la veille de la crise, le Mobile Art incarnait le paroxysme d’un double mouvement d’instrumentalisation et d’abolition des œuvres par la communication, le business, le people : une défaite de l’art.
Rendez-vous le 27 mars à 15 heures au 10, rue de Turenne, à Paris 4e : vous aurez trois jours - dans le cadre de la semaine du dessin - pour savoir à quoi l’avenir peut ressembler !
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Commentaires
4 Réponses à “La collection Pierre Bergé - Yves Saint Laurent : 373,5M€”
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bonjour,
je suis en accord avec l’idée que cette collection ne prend aucun risque artistique véritable et souligne plutôt un attachement à des valeurs à la fois prudentes et bourgeoises ce qui contraste par ailleurs avec la créativité novatrice d’Yves St laurent…
ma chronique “Si on parlait d’art” dans la revue univers des Arts de mars développe cette idée…
à plus
Françoise de Céligny
Madame,
Damien Hirst réinvestit tout son argent dans des tableaux de Francis Bacon et d’Andy Warhol.
Plus fort : Warhol lui-même n’achetait que de l’art ancien.
Il semble que la “créativité novatrice” dont vous parlez s’épanouisse plus facilement dans la référence au passé que dans la relation directe au monde contemporain.
Hirst et Warhol l’ont bien compris : nous venons tous de quelque part…
…bien sûr, et c’est justement mon propos. mais quelle est la nature de cet héritage? Comment s’en inspirer? Pourquoi ce besoin frénétique de s’entourer du passé?…suite dans mon article…
bien à vous
Françoise de Céligny
Alors les petites enchères (comme celle de demain) se tiendraient proportionnellement bon ?