Vladimir Velickovic : visite d’atelier
Vladimir Velickovic me dit quand j’arrive dans son atelier :
“Je n’ai jamais fait d’autoportrait !”.
Né à Belgrade en 1935, Vladimir Velickovic est un témoin qui refuse d’oublier, un enfant yougoslave, un enfant de la Seconde Guerre mondiale, un enfant serbe qui se souvient… alors, il fait des autoportraits sous forme de cicatrices. Ses dessins et tous ses travaux, les peintures, les sculptures, sont même des “autoportraits d’avertissement” (pour paraphraser Amélie Lallement).
Zoran Music le Croate ne disait-il pas : “Nous ne sommes pas les derniers “ ?!
Sa première exposition personnelle date de 1963, en 1966 il arrive en France. En 1970 il expose au Musée d’Art Moderne, à Paris, puis, en 1972, représente la Yougoslavie à la Biennale de Venise. En 1976, il expose au musée d’art moderne et à Stockholm. De 1983 à 2000, il est chef d’atelier à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. En 1997, le peintre expose à Athènes, à la Pinacothèque nationale et, en 2003, à Londres, chez Marlborough Fine Art…
En ce moment, Samantha Sellem, sa galeriste parisienne, présente une grande exposition des artistes Membres de l’Institut (Velickovic, Chevalier de la Légion d’Honneur, a été élu à l’Académie des beaux-arts au fauteuil de Bernard Buffet en 2005).
L’artiste vient de créer à Belgrade une fondation de dessin contemporain dotée d’un prix annuel de huit mille euros. Financé avec les fonds propres de l’artiste, le prix est destiné chaque année à un dessinateur de moins de quarante-cinq ans. “Sans dessin je suis mort…” me dit-il, “… même ma peinture est dessinée, commence par le dessin“.
La grande toile sur châssis, à peine esquissée (inachevée ?) qui attendait dans l’atelier quand je suis arrivé, pourrait représenter une nouvelle direction dans le travail de ce grand dessinateur. Il y a ici une liberté nouvelle, débarrassée du côté démonstratif de la grande maîtrise, si difficile à éviter… Le vide - qui manque souvent dans le travail de Velickovic - prend ici possession de la surface du tableau dessiné.
Prométhée est crucifié à l’envers, l’athlète exécute un saut en arrière, la croix-obstacle est vaincue par le personnage dont le visage se cache sous une couche opaque de bleu-gris. Sous ce masque, celui qui regarde ne saura jamais reconnaître Vladimir, l’enfant serbe pour qui la guerre ne finira jamais.
Le fusain circule seul sur la toile vide. Le bois horizontal de la croix-obstacle se pose en “oubliant” le vertical qui est signifié par le saut : la chute ? le vol ? Les bras finissent par des mains à peine esquissées, déjà “gommées”.
Le lavis maigre qui dégouline fait une auréole autour de la tête du jeune garçon, puis se charge d’un violet inattendu pour couvrir le dessin du torse. Est-ce une victoire ou un sacrifice ? Répondre à cette question n’est pas nécessaire, puisqu’ici les deux se confondent.
De l’aigle ne sont vraiment montrées que les serres ; le corps, les ailes, la tête n’étant plus que mouvement, plus que faim. Le supplice commence, morituri te salutant et caetera, mais les dieux ne meurent jamais, ou bien alors, ils ressuscitent. Que c’est triste d’être immortel !
Qu’il se représente en Prométhée crucifié ou bien en enfant au corps glorieux, Vladimir Velickovic saute par dessus les obstacles, par dessus la souffrance et la mort et la guerre et nous donne, à nous qui le regardons, sa leçon de courage.
?
Le Cercle D et Le Blog du Dessin contemporain remercient notre ami
Nicolas Pfeiffer, photographe, pour les deux panoramiques qu’il nous a généreusement offerts et qui permettent à nos lecteurs cette visite privée virtuelle de l’atelier du grand artiste :
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Commentaires
12 Réponses à “Vladimir Velickovic : visite d’atelier”
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Bravo Sergei!
C’est vraiment un beau résumé du travail de Vélickovic “humain, trop humain…” et tellement vrai, vous avez su capter l’essentiel!
a bientôt,
Samantha
Les dessins de Velickovic sont somptueux: force, luxe de détails, extraordinaire sens du mouvement, usage très personnel (très parcimonieux) de la couleur…
La toile “esquissée” ou “inachevée” est d’une renversante beauté, simple et complexe à la fois.
Les panoramiques de Nicolas Pfeiffer sont simplement passionnants. Il faut des heures pour en apprécier toutes les facettes et possibilités.
Merci.
Oui, les panoramiques de Nicolas Pfeiffer sont inépuisables !
Les tables de travail de ce grand artiste sont en soi objets de curiosité. Les notes épinglées sur les murs, les toiles en cours… et le regard de Velickovic !!
Comment pour un artiste sortir de la pulsion, passer
de ses propres anecdotes à l’universel?
V. Velickovic nous en donne un bon exemple.
travailler pour dépasser la pulsion. Se confronter à ses démons par le trait au plus noir dans ce qu’il a d’extrême pour maintenir les fantômes à distance.
Cette distance nous permets alors de prendre possession à notre compte l’oeuvre.
Promété sans cesse dévoré et libéré!
sweet sixtine;
peinture s’anime,qué mensonge
plus d’énigmes.
La foi ne peut me rendre
ce que l’homme à dit
il ne peux plus me prendre,
mais m’a tellement menti
joindre des fichiers,en désespérée
comment peut on vouloir,
le coeur et l’éspoir,
quand on babouille de noir
et, qu’on puisse en poète
lui rendre ses miroirs
sans jamais etre honnete
et toujours ésperer
povoir!,enfouir;cacher:
que l’on vient de se briser,
les pieds près du fossé.
Les dessins de Velikovic sont tres bons. Connaissant le travail de Velikovic depuis longtemps mais n’ayant pas vu d’exposition recemment, j’y trouve vitalite et renouvellement. Le themes aussi sont une invitation a la reflexion sur ce qui se passe aujourd’hui. Les sujets mythologiques peuvent traiter de l’ actualite sur le vif. Bravo. Merci au blog de nous faire ces visites d’atelier, c’est formidable.
A signaler: nous rentrons de Savannah, Georgia USA ou le nouveau musee d’art moderne expose les oeuvres d’Anthony Palliser, residant francais qui vit a Paris. Les tableaux representent des tres grandes tetes, tout simplement. Il s’agit d’un travail de peinture : Il a ose et le musee aussi. Tres belle expo.
Serge et Marina sont un couple d’artistes franco-américains dont vous pouvez voir le travail ici et le lire ici. Les connaître est un privilège ; leur culture et humour font d’eux de merveilleux amis !
Merci à Vladimir (Velickovic ) de nous avoir donné l’occasion d’une rencontre… avant mon arrivée à New York, début janvier.
Salut, camarades !
Admirable Velickovic…
Il faut lire le talentueux ouvrage de Michel Onfray “Splendeur de la catastrophe” sur cet artiste de genie.
Qué mensonges plus d’énigme la guerre,les cicatrices,la peau,l’étreinte,les marques sur le flanc,l’esclave souffrant,la force décuplée des Perdants.
Sincèrement,
Amélie Lallement.
-VLADIMIR VELICKOVIC,« Dessins récents »
Galerie Samantha Sellem 5, rue Jacques Callot 75008 Paris.
Dates :
Du 25 au 28 mars 2010, salon du dessin contemporain, au Carrousel du Louvre.
Vernissage le 24 mars 2010.
Du 30 mars au 17 avril 2010, Galerie Samantha Sellem.
Du 23 au 25 avril 2010, Drawing Art Fair Brussels, White Hotel 212, avenue Louise
Vernissage le 23 avril 2010.
Un catalogue sera édité pour l’exposition.
[…] ! L’engagement, l’implication dans cette deuxième édition des huit jurés - ci-dessus Vladimir Velickovic, membre de l’Institut, grand dessinateur - ont été […]
Bonjour,
Je viens vers vous en tant que modèle vivant dans le cadre de votre travail artistique pour quelques heures de poses rémunérées.
Je ne suis pas une professionnelle mais considère cette activité comme un “loisir, plaisir” ayant pour le monde de l’art une attirance particulière .De ce fait je n’ai pas de tarif arrêté, mais préfère l’échange avec l’artiste à ce niveau aussi.
Quelques précisions : je suis rousse naturelle, 1m70 pour 58 kg……..
Je vous remercie de bien vouloir me contacter si cette proposition peut vous intéresser pour votre projet.
Stéphanie : 06 03 30 34 90
Bien cordialement et au plaisir.